S’approvisionner d’aliments locaux dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies

News
2025-02-28

Une large proportion de nos jeunes Québécois et Québécoises fréquentent des services de garde éducatifs à l’enfance durant leurs premières années de vie. Actuellement, pas moins de 294 478 enfants¹ bénéficient de ces services au Québec. Ce taux de fréquentation élevé représente une occasion précieuse de garantir que nos enfants reçoivent une alimentation saine et nutritive durant cette phase cruciale de leur développement. 

Ces places sont actuellement réparties à travers la province dans un total de 14 931 établissements², incluant 1702 centres de la petite enfance (CPE), 803 garderies subventionnées, 1175 garderies privées non subventionnées et 11 251 services de garde en milieu familial³.

Les gestionnaires et propriétaires d’établissements de la petite enfance jouent ainsi un rôle clé dans l’alimentation de nos touts petits. Si vous êtes à la tête d’un service de garde éducatif à l’enfance et que vous souhaitez commencer à vous approvisionner en aliments locaux et écoresponsables, la conversation qui suit vous guidera à travers les étapes clés à considérer pour une transition réussie. Bien que d’entreprendre un tel changement puisse sembler intimidant, en ayant quelques éléments clés en tête, vous pourrez franchir ce pas avec sérénité et sans imprévus, tout en récoltant des bienfaits durables pour les enfants que vous servez.

Erin O’Connell est la directrice de la Garderie Bonne Aventure, située à Griffintown, au cœur de l’île de Montréal. Accueillant un peu moins d'une centaine d'enfants chaque année, la garderie met un point d'honneur à favoriser le développement des enfants et à leur offrir des opportunités d’apprentissage enrichissantes durant leurs premières années de vie.

C’est en réponse à une demande des parents, soucieux du bien-être alimentaire de leurs enfants, que la garderie décide de revoir son approche en cuisine dès 2019. Leur communauté, consciente de l’importance de nourrir les tout-petits avec des aliments sains et nutritifs, demande à Erin de planifier une transition vers des produits de plus en plus locaux et biologiques. C’est ainsi qu’elle entame des démarches en ce sens.

Débuter une transition vers l’approvisionnement local et écoresponsable

Tout d’abord, Erin décide de se renseigner auprès de personnes et d’organisations ayant de l’expérience dans ce domaine.

« D’entrer en contact avec la communauté de l'approvisionnement local vous permettra de gagner énormément de temps en tant que gestionnaire. Vous allez éviter les erreurs de débutants, vous pourrez agrandir votre réseau de contacts et, surtout, vous aurez l’occasion de partager vos idées et de poser vos questions lorsque nécessaire », explique Erin. 

Erin décide aussi d'adhérer au Programme Aliments du Québec au menu, qui lui donne accès à des ressources et du soutien dans ces démarches. Elle se présente également aux événements organisés par l’Aliments du Québec, tels que Les institutions mangent local et le Rendez-vous des institutions, afin d’y rencontrer d’autres gestionnaires engagés et d’y développer son réseau de contacts. 

Erin entame ensuite de s’éduquer le plus possible sur l’approvisionnement local : 

« Prenez le temps de parler avec des fournisseurs locaux et écoresponsables, des producteurs et productrices de votre région et discutez des éléments logistiques qui vous inquiètent. Ils sauront vous donner des conseils et vous guider. », ajoute-t-elle.

Elle consulte également les ressources de Commun’assiette, une initiative mettant à disposition des outils et une communauté de pratique aux gestionnaires afin de faciliter la transition des établissements vers une alimentation durable. 

Une transition réussie est une transition progressive

Le fait de  modifier votre menu entraînera des changements à votre approche en tant que gestionnaire, ainsi que dans les habitudes de travail de votre équipe. Erin vous conseille donc de planifier une transition très lente. Vous pourrez ainsi prendre le temps de vous habituer à votre nouveau fournisseur et à son mode de fonctionnement :

« Commencez par modifier un seul repas par semaine. Essayez-le pour un à deux mois avant d'augmenter progressivement la fréquence des aliments locaux dans votre menu », insiste-t-elle. 

Erin O’Connell explique qu’ils ont tout d’abord commencé avec un premier producteur local avant d’augmenter le nombre de fournisseurs avec lesquels ils collaborent. La garderie Bonne Aventure s'approvisionne maintenant de nombreux fournisseurs, notamment de fruits et légumes locaux et biologiques du pôle nourricier L’aube, de bagels d’un boulanger local et de viande biologique et naturelle d’un éleveur situé en Montérégie. 

Erin explique qu’il faut s’attendre à investir plus de temps dans les étapes de planification des menus, de prise de commandes et de facturation, particulièrement dans les premiers temps.

Photo prise à la garderie Bonne aventure

« Le premier mois sera le plus difficile. Ensuite, les mois et les saisons suivantes seront de plus en plus faciles du point de vue logistique. Il faut s’habituer au fait d’avoir plus d’un distributeur »

- Erin O’Connell, Directrice de la Garderie Bonne aventure

Bien préparer son équipe

Erin explique que l'ajout de nouveaux aliments à votre menu entraînera nécessairement un changement dans vos habitudes de travail. Les fruits et légumes locaux offrent une variété plus riche en formes, textures, couleurs et saveurs. 

Il est important de bien préparer son équipe de travail en leur expliquant que l’approvisionnement local vient avec une diversité de variétés moins traditionnelles. À titre d'exemple, toutes les tomates commandées ne ressembleront pas à celles de l’épicerie. Elles peuvent être juteuses et sucrées, petites et croquantes, ou encore acidulées et fermes en fonction de la variété sélectionnée. À vous et à votre équipe de choisir vos préférences! Toutefois, cela demandera un certain engagement et un peu de temps supplémentaire lors des premières commandes.

Erin ajoute qu'en revanche, grâce à la fraîcheur des légumes, certaines recettes peuvent être simplifiées. Par exemple, ils servent souvent une variété de crudités en collation, que les enfants adorent, car les carottes, poivrons et concombres sont frais et pleins de saveur.



« Travailler avec des fruits et légumes récoltés le matin même, c’est un vrai bonheur pour nos chefs et nos employés. La fraîcheur et la qualité sont incomparables »

- Erin O’Connell, Directrice de la Garderie Bonne aventure

Photo prise à la garderie Bonne aventure

L’avantage de bâtir une relation humaine avec son fournisseur

« Avec les grands distributeurs, on se sent comme un numéro.», décrit Erin O'Connell.

À l’inverse, en commandant directement des producteurs et productrices de votre région, il est possible pour vous de développer une relation humaine avec ces derniers.  Cela ouvre un monde de possibilités pour les gestionnaires d’institutions, notamment la possibilité de faire des demandes spéciales et personnalisées, de demander des conseils et des idées à vos fournisseurs et même d’essayer des produits avant de les intégrer dans votre menu*. 

« Les relations entre notre garderie et nos fermiers et fermières sont précieuses pour nous. C’est plus un partenariat qu’une simple relation d’acheteur à vendeur. », relate-t-elle.

*Vous souhaitez goûter à nos produits avant de les commander? Écrivez-nous au info@laubepolenourricier.ca

Un énorme potentiel éducatif pour les enfants

Les chefs s'amusent à travailler avec des tomates cerises éclatantes, des rabioles sucrées et des betteraves Chiogga aux couleurs d'arc-en-ciel en cuisine. Au grand plaisir des enfants, leur créativité occupe une place centrale dans le menu! Le simple fait de les exposer à une telle diversité alimentaire, ainsi qu’à la beauté d'une alimentation saine, constitue déjà une forme d’éducation en soi.

« Les enfants adorent deviner quand du pesto sera au menu, car ils peuvent repérer l'odeur du basilic frais dans la salle de jeux tellement il est parfumé! », raconte Erin, en riant.

Ces moments offrent aussi aux éducateurs et éducatrices l’occasion de discuter avec les enfants de l’origine des fruits et légumes.

« Nous avons profité de cette occasion pour installer des bacs à légumes à l’extérieur de la garderie, et nous jardinons avec les enfants. Nous avons même trouvé un producteur qui livre des paniers de légumes aux familles qui le désirent chaque semaine », ajoute-t-elle.

Les enfants, en étant en contact avec des producteurs et productrices agricoles, prennent conscience que les fruits et légumes ne poussent pas à l'épicerie, mais sont le fruit du travail passionné de personnes de leur propre communauté.

« Nous mettons tout en œuvre pour sensibiliser les enfants à cette réalité. Nous essayons de construire les bases d’une relation saine avec la nourriture dès le jeune âge. », explique Erin O’Connell.


 Photo des jardins de la garderie Bonne aventure

« Avoir confiance dans nos produits, connaître les producteurs et leur provenance, c’est une expérience incroyable, tant pour nous que pour les enfants. Oui, cela demande un certain effort, mais cela nous rend extrêmement fiers », conclut Erin.

Erin conclut la discussion en soulignant qu'une telle transition nécessite une véritable volonté de la part des gestionnaires :

« En tant que gestionnaires, vous jonglez déjà avec de nombreuses responsabilités, et il peut être intimidant d’ajouter un nouvel objectif à votre agenda », reconnaît-elle. « Mais savoir que l’on nourrit les enfants avec les aliments les plus frais, sains et nutritifs qui soient, cela vaut largement l'effort », ajoute-t-elle avec fierté.



Alors, manger local dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies, est-ce possible? Certainement! En étant bien accompagné.e.s, une transition vers un approvisionnement local et écoresponsable est tout à fait réalisable.

Vous aimeriez commencer à vous approvisionner en fruits et légumes 100% biologiques et cultivés sur l’île de Montréal et ses environs? Contactez-nous. Nous saurons vous aider à entreprendre une transition facile et sans risques.



Sources :

¹ Publications. Gouvernement du Québec. Ministère de la Famille.https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/services-de-garde/portrait/Pages/index.aspx

² Statistiques sur le réseau des services de garde éducatifs à l’enfance. Gouvernement du Québec. Ministère de la Famille. 2025. https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/services-de-garde/developpement-du-reseau/Pages/index.aspx

³ Petite enfance : Portrait du secteur. Commun’assiette. 2025. https://communassiette.org/petite-enfance/portrait-global-du-secteur-de-la-petite-enfance/

Par Catherine Dallaire


Partenaires


L’aube, pôle nourricier, est un projet du Système alimentaire local et intégré (SALIM), un programme multipartenarial initié et soutenu par le Collectif Récolte, dans le cadre de Montréal en commun et du Défi des villes intelligentesMontréal en commun est un projet piloté par la Ville de Montréal dans le cadre du Défi des villes intelligentes et réalisé grâce au soutien financier du Gouvernement du Canada.

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